Billet d’humeur : La chronique des Riedell volés – Épisode 1

Les faits : Octobre 2014

Il y a des matins comme ça… Des matins avec des gros relents de tête dans le cirage… Des matins où on a vraiment besoin d’un café ! Le truc qui nous réveille, nous rétrécit la rétine et focalise sur la journée à affronter… J’aime pas l’café… J’ai jamais aimé ça ! Ca m’rend malade ! Rien qu’l’odeur sous mon nez, je suis incapable d’avaler ça !

C’est vous dire si j’étais vraiment au radar ce matin là. J’allais, avec une certaine lassitude, me rendre à mon lieu de travail au sein duquel je m’étais fritté avec un responsable la veille. Bien sûr cette digression à un rapport avec notre histoire, je ne viens pas sur cette tribune pour me plaindre gratuitement (encore que…), mais surtout, c’est vous dire les journées que je passe.

Bref ! Ce matin-là donc, clés en main, je me rendais au boulot ! Dans une rue dans laquelle, je le savais je n’aurais pas du garer ma voiture, une petite Corsa aussi sûre qu’une boite en papier… Et voila t’y pas que je découvre la dite boite en papier avec une portière béante. La porte conducteur tordue, ouvrait une brèche en son flanc d’une trentaine de centimètres de large… Pauv’ bête !
Pris au cœur j’accours et cherche à comprendre ce qu’il s’est passé, le tout sous l’oeil expert d’un voisin qui me déclare, je cite : « Ha ! Han ! Haaaaaaaatutéfé volé la watur ! »

Mais non bougre d’âne ! Je m’a pas fé volé la watur ! J’me suis fait ouvrir la caisse ! Un rapide examen ma rassure : ouf ! Il ne manque rien ! Pas même les bouteilles d’eau vides qui jonchent le sol de l’habitacle. Il n’a pas plu cette nuit d’été donc il est peut probable que quelqu’un s’en soit servi comme abri… Non, c’était sans doute un coup d’essai, le mec a certainement trouvé une voiture fragile et fouillant la boite à gant se trouve devant une coquille vide et repart…
Le temps de retordre ma portière plus ou moins comme il fallait et me voila en route pour le travail avec un courant d’air dans les oreilles.

Pourtant sur le chemin, un doute m’assaille ! « Ma valise ?… MA VALISE ! » coup de volant sur une série de places de stationnement vides, frein à main, arrêt. Voilà que, me pinçant l’arête du nez dans une grimace de déception envers moi même je me remémore les événements de la veille.
Mon attitude guillerette alors que j’allais prendre mon service et ma surprise de trouver ma valise de Derby, oubliée dans mon coffre, coffre qui se résume en un espace entre la banquette arrière et la carrosserie. Car oui, le derbyste, en général, c’est quelqu’un d’un peu couillon qui met tous ses œufs dans le même panier, ou plutôt le même récipient, ou plutôt… Enfin vous m’avez compris.
M’en allant au travail donc, je découvrais avec embarras que j’avais omis ma valise de matos chez moi et qu’elle resterais dans ma voiture pour la durée de mon service, consciencieux, je la couvre et la cache de ma plage arrière…

Et puis, la fatigue, le boulot, l’engueulade, je n’avais pas l’esprit tranquille hier en garant ma voiture pourtant à deux pas de chez moi, mais dans une rue un peu craignos. Et voila qu’on m’avait ouvert la voiture  ! Mon coffre fort qui contenait mes biens les plus amoureusement chers : mon matériel de roller derby.

Un temps d’attente, une grande inspiration, résigné j’appelle le coach des Zombeers et lui explique la situation, surtout que je n’ai plus de t-shirt officiel, ce qui m’empêche donc de jouer le prochain match des Ice Wheels qui se tiendrait en fin de semaine. Les problèmes commencent déjà et s’enchaineront j’en suis certain ! Je redémarre la voiture après mon appel, avec plein d’idées dans la tête mais surtout celle de filer au commissariat après être passé au boulot pour demander ma journée.
Arrivé sur les lieux j’annonce « Je suis là, mais je dois partir au commissariat déposer plainte, je me suis fait ouvrir la voiture… » _ »C’est pas grave, j’aime pas qu’on conteste mon autorité. T’es viré ! »

Y a des matins comme ça…

Or ! Me voilà donc complétement libre d’aller au commissariat , le temps de faire une liste du contenu de ma valise qui me restait en mémoire et de patienter durant de longues heures, il me fallut décrire un à un les objets présents dans mon bagage au moment du vol. Imaginez la scène cocasse qui consiste à expliquer à un policier visiblement très intéressé ce qu’est le Roller Derby, quelles en sont ses règles, ses enjeux, de lui dire que non il est inutile de mettre « Doctor Crowley » en lieu et place de mon identité sur le procès verbal, et surtout de lui offrir un flyer en lui donnant des précisions sur nos deux équipes. « Venez à un entrainement ! » que j’lui dis alors qu’il place le flyer dans sa poche d’uniforme.

listevalise
Photo prise en attendant de poser ma plainte,
la liste du contenu de la valise, avec une erreur
et un nouveau calcul, j’atteignais les 637€

Voila, c’est fait ! Un joli PV dans les mains en échange de mon matos, j’ai l’impression que la vie vient de m’arnaquer… Je repars chez moi, en tenant à moitié ma portière que je n’étais pas encore parvenu à ré-emboiter comme il le fallait. Beaucoup de soutien de la part de l’équipe, et pas que… On passe en revu tous les « T’aurais dû », « J’aurais dû », et on rentre chez soi, amer, imaginant n’importe quel inconnu en possession de mes biens… Problematique…

Alors quand on a un problème, on le règle : Sans trop y croire je fais un petit montage photo qui montre mes patins sous leur meilleur jour, en vue de le diffuser sur internet et demander à ces pauvres petits de revenir voir leur papa, au chaud, contre mes chevilles.

montage

Et puis… Et puis la vie reprend son cours, on se fait prêter les Oxellos de l’Asso, on ré-achete du matériel, petit à petit, au grès des salaires et des fins de mois pas trop difficiles. Peu à peu, on récupère des t-shirts, des freins, on bricole. On participe à des matchs, on les gagne, on en perd… Et puis on déménage… Mais on garde le contact et l’envie de s’entrainer à Calais… Parfois on est un peu jaloux quand on entend parler de patins volés et retrouvés le lendemain… Non la vie reprend son cours, le jour, le soir, l’aube… Toujours sans café… Ça m’fait vomir j’vous dis…

Dring dring… J’avais veillé tard, et m’étais écroulé comme une masse… Après tout on est dimanche… Je vois à la fenêtre que pour une fois, Phœbus  inonde l’extérieur… C’est une belle journée qui s’annonce… J’attrape le téléphone et tente de répondre d’une voix pas endormie du tout. C’était Sneaky Blondie qui, se levant bien avant moi, avait pris le temps de flâner sur les quais, au milieu d’une braderie.

_ »Allo Crowley ! J’viens de racheter tes patins pour 15€… »

Y’a des matins comme ça…

A suivre…

 

 

Sources :
Photo couverture : Le point.fr